Clôture mitoyenne : qui paie, où la poser, que dit le Code civil
Une clôture mitoyenne appartient aux deux voisins, qui en partagent l'entretien et, s'ils s'accordent, la construction ; posée en retrait chez vous, elle n'engage que vous. Le Code civil fixe les règles aux articles 653 à 673, le PLU fixe la hauteur. Voici comment ça se passe, avec un exemple récent de 37 m partagés à parts égales.

Clôture mitoyenne ou privative : la différence qui change tout
Une clôture est mitoyenne quand elle appartient aux deux voisins : posée sur la ligne séparative, chacun en est propriétaire pour moitié et en supporte les frais. Elle est privative quand elle se trouve entièrement sur votre terrain : vous décidez seul, vous payez seul, et le voisin ne peut ni s'y appuyer ni la contester.
Le Code civil pose une présomption. L'article 653 répute mitoyen tout mur servant de séparation entre bâtiments ou entre cours et jardins, « s'il n'y a titre ou marque du contraire ». L'article 666 étend la règle à toute clôture qui sépare deux terrains, sauf si un seul des deux est en état de clôture, ou s'il existe un titre, une prescription ou une marque contraire. L'article 654 en donne les marques : chaperon, corbeaux de pierre ou sommet en pente d'un seul côté, et le mur est alors au voisin de ce côté.
En pratique, trois documents tranchent : l'acte de vente, un procès-verbal de bornage ou un accord écrit entre voisins. Avant d'implanter un grillage rigide, nous demandons lequel vous avez : la réponse change l'implantation des poteaux, le nombre de devis et le nombre de signatures.
Si le terrain voisin est une copropriété, votre interlocuteur est son syndic, qui la représente : voir notre page sur la clôture en limite d'une copropriété.
Qui paie la clôture mitoyenne ? Les articles 655 à 667
Si vous décidez seul de poser une clôture, vous la payez seul. Le partage des frais vient d'un accord écrit, ou de la loi dans des cas précis.
L'article 663 est le cas légal : dans les villes et faubourgs, chacun peut contraindre son voisin à contribuer à la construction et à la réparation de la clôture qui sépare leurs maisons, cours et jardins. Pour l'existant, l'article 655 met la réparation et la reconstruction d'un mur mitoyen à la charge de tous ceux qui y ont droit, à proportion du droit de chacun, et l'article 667 impose l'entretien d'une clôture mitoyenne à frais communs. Un voisin peut s'en dispenser en abandonnant la mitoyenneté (articles 656 et 667), sauf si le mur soutient un bâtiment qui lui appartient.
| Situation | Qui paie | Article |
|---|---|---|
| Clôture entre maisons, cours et jardins, en ville | Les deux, à frais partagés | 663 |
| Réparer ou reconstruire un mur mitoyen | Chacun à proportion de son droit | 655 |
| Entretenir une clôture mitoyenne | Frais communs | 667 |
| Surélever un mur mitoyen | Celui qui surélève, seul | 658 |
| Rendre mitoyen le mur du voisin | Moitié de ce que le mur a coûté, et moitié du sol | 661 |
Où poser une clôture mitoyenne : limite, bornage, cadastre
Une clôture mitoyenne se pose sur la ligne séparative, l'axe des poteaux sur la limite ; une clôture privative se pose en retrait.
Le plan cadastral est un document fiscal : il situe les parcelles, il ne fixe pas la limite au centimètre. Seul le bornage le fait : un géomètre-expert pose les bornes et dresse un procès-verbal signé par les deux voisins. L'article 646 permet à tout propriétaire d'obliger son voisin au bornage, à frais communs ; l'article 647 rappelle que tout propriétaire peut clore son terrain, sous réserve du passage dû à un terrain enclavé.
Erreur fréquente : implanter au cordeau depuis un vieux piquet ou un reste de grillage, sans borne. Dix centimètres chez le voisin suffisent à un litige, et une ligne de poteaux scellés au béton ne se décale pas. Sans borne visible, faites borner avant de commander : le devis attend, le béton non.
La semelle d'un muret de clôture fait environ 40 cm de large : centrée sur la ligne, elle déborde de 20 cm chez le voisin, ce qui suppose son accord ; en privatif, le mur recule d'autant pour rester entièrement chez vous.
Percer, adosser, surélever un mur mitoyen : l'article 662
L'article 662 est celui que nous citons le plus souvent sur un chantier : aucun des voisins ne peut pratiquer dans le corps d'un mur mitoyen « aucun enfoncement », ni y appliquer ou appuyer un ouvrage, sans le consentement de l'autre. Or fixer une clôture rigide, composite ou aluminium sur un muret existant, c'est carotter l'arase à Ø 130 mm et sceller chaque poteau au béton d'alumine : un enfoncement au sens du texte.
Sur un muret mitoyen ou appartenant à une copropriété, nous demandons donc un accord écrit avant de percer et nous faisons un état des lieux photographique du mur. Pour une copropriété, l'accord passe par le syndic : voir notre page syndics et ASL. La technique est détaillée dans poser un grillage rigide sur un muret.
Le Code civil autorise par ailleurs chaque copropriétaire à bâtir contre un mur mitoyen (article 657) et à le surélever à ses frais (article 658) ; si le mur ne supporte pas la surélévation, celui qui surélève le reconstruit à ses frais (article 659). Surélever un muret mitoyen par un grillage reste soumis à la hauteur totale du PLU.
Exemple réel : 37 m partagés à parts égales à Sanary-sur-Mer
Un dossier récent à Sanary-sur-Mer résume la méthode : 37 m de grillage rigide sur muret, en limite entre une maison et une copropriété, avec une courte section touchant une seconde copropriété.
Le partage s'est fait au prorata du linéaire : chaque section a été chiffrée au mètre, puis divisée à parts égales entre ses deux riverains. Résultat : trois devis, un par propriétaire, au même prix au mètre linéaire, chacun ne payant que sa moitié des mètres qui le concernent. L'enduit de la face du muret visible depuis la copropriété a été pris par la copropriété, sur une ligne séparée. Les trois devis portent la même clause : les travaux démarrent quand tous sont signés, et le coloris est choisi en commun.
Une clôture mitoyenne n'est donc pas un devis coupé en deux : c'est un devis par propriétaire, avec les mêmes quantités, le même produit et la même règle de calcul. À Sanary, le PLU plafonne la clôture à 1,90 m et le mur-bahut à 1 m, enduit frottassé : voir clôture à Sanary-sur-Mer.
Haies, arbres et plantations en limite : les articles 669 à 673
Plusieurs PLU de la côte imposent une haie en doublage de la clôture (La Valette-du-Var, Le Pradet), et Saint-Cyr-sur-Mer demande une haie non allergène, non invasive et non toxique, limitée à 1,80 m. Les articles 669 à 673 règlent ce qui pousse en limite.
L'article 671 fixe les distances de plantation, à défaut de règlement ou d'usage local : 2 m de la limite pour les plantations qui dépassent 2 m de haut, 0,50 m pour les autres. Une haie tenue à 1,80 m se plante donc à 0,50 m au moins de la limite. Le voisin peut exiger l'arrachage ou la réduction d'une plantation trop proche (article 672), sauf titre ou prescription de trente ans.
L'article 673 règle les débordements : les branches qui avancent chez vous, c'est le voisin qui doit les couper, à votre demande ; les racines, ronces et brindilles, vous les coupez vous-même à la limite, et ce droit ne se prescrit pas. Une haie plantée sur la ligne est mitoyenne (articles 669 et 670) : produits partagés par moitié, entretien à deux. Notre page brise-vue et occultation compare haie, lattes et toile.
Hauteur, PLU et déclaration préalable : le voisin n'est pas la mairie
Le Code civil ne fixe pas la hauteur de votre clôture. L'article 663 ne donne des chiffres, 3,20 m dans les villes de 50 000 habitants et plus, 2,60 m ailleurs, qu'« à défaut d'usages et de règlements ». Or chaque commune de la côte a son règlement, le PLU : c'est lui qui s'applique.
Bon à savoir : Toulon dépasse 50 000 habitants, le Code civil parlerait donc de 3,20 m ; le PLU de Toulon plafonne la clôture à 2 m, mesurés dans l'axe de la travée en cas de pente, et c'est le PLU qui compte. Le plafond de chaque commune est sur hauteur maximale d'une clôture.
L'accord du voisin ne remplace pas non plus la mairie. À Bandol, La Cadière-d'Azur, Hyères et Carqueiranne, toute clôture passe par une déclaration préalable ; à Saint-Cyr-sur-Mer, au moins sur voie. Le dossier (Cerfa n° 13703, plans, photos, notice) s'instruit en un mois et s'affiche sur le terrain. Quand la clôture est à cheval sur la limite, demandez au service urbanisme qui doit déposer et joignez l'accord écrit du voisin. Le détail est sur déclaration préalable pour une clôture.
Questions fréquentes
Mon voisin peut-il m'obliger à payer la moitié de sa clôture ?
Seulement dans le cas de l'article 663 du Code civil : en ville et dans les faubourgs, pour la clôture qui sépare les maisons, cours et jardins. Sinon, celui qui décide seul paie seul, et la clôture reste à lui s'il la pose sur son terrain. Un accord écrit évite la discussion.
Une clôture posée sur la limite est-elle automatiquement mitoyenne ?
Elle est présumée mitoyenne par les articles 653 et 666, sauf titre, prescription ou marque contraire, et sauf si un seul des deux terrains est clos. L'acte de vente, un procès-verbal de bornage ou un accord écrit lèvent le doute. Posée en retrait, entièrement chez vous, elle est privative.
Puis-je fixer mon grillage rigide sur le muret du voisin ?
Pas sans son accord. Sur un mur privatif, il faut l'autorisation du propriétaire ; sur un mur mitoyen, l'article 662 interdit tout enfoncement ou appui sans le consentement de l'autre. Le carottage des poteaux est un enfoncement : nous demandons un accord écrit et faisons un état des lieux avant de percer.
Faut-il un géomètre avant de poser une clôture en limite ?
Si les bornes sont visibles et qu'un procès-verbal de bornage existe, non. En cas de doute, oui : l'article 646 permet d'exiger le bornage, à frais communs. Le plan cadastral ne fixe pas la limite au centimètre, et une ligne de poteaux scellés ne se déplace pas après coup.
Lexique
- Mitoyenneté
- Copropriété d'un mur, d'une clôture, d'une haie ou d'un fossé situé sur la limite entre deux terrains, à frais partagés.
- Bornage
- Fixation de la limite entre deux propriétés par un géomètre-expert, matérialisée par des bornes et un procès-verbal signé des deux voisins.
- Marque de non-mitoyenneté
- Indice décrit à l'article 654, comme un chaperon ou un sommet en pente d'un seul côté, qui attribue le mur au voisin de ce côté.
Article rédigé par Thomas SIMOES, gérant de SIMOES Entreprise, d'après la pratique de ses chantiers dans le Var. Publié le , mis à jour le .






